Mon style de prédilection

Cergy, mois de septembre 2018. Assis à mon bureau, j’écoute l’album PARIS / LONDON Testament de Keith Jarrett en streaming sur qobuz (un spotify haute résolution à la française). J’adore Keith Jarrett. Tous les albums du pianiste, en solo, en trio piano-basse-batterie, en collaboration avec d’autres pointures, me touchent. Je l’ai entendu pour la première fois dans les années 70 ; un disque, le cultissime Köln Concert. J’étais étudiant, mes ressources financières étaient limitées. Quelques années plus tard, je travaille. Je peux m’acheter une chaîne hifi et des vinyles en quantité. Surtout des disques de jazz, en particulier du jazz européen dont le label de référence était, et reste encore, ECM. J’adore ECM, pour ses musiques — il n’y a pas que le jazz —, pour ses musiciens, pour ses prises de son et pour ses pochettes de disques. Je n’achète plus de vinyles depuis des années mais je dois bien avoir une centaine de disques du label allemand qui dorment au fond des mes armoires.

Sur l’écran de mon ordinateur s’affiche la couverture de PARIS / LONDON, minimaliste, bien dans le style de la firme de Manfred Eicher. Un mur de briques jaune orange sur lequel se projettent des ombres imprécises. Je suis troublé. La photo ressemble tellement à ce que j’aime faire — en mieux parce qu’elle est parfaite — que j’ai l’impression qu’elle est de moi. Je ressens une sorte de communion par la pensée. Il me faut en savoir plus. Qui est l’auteur de cette image ? Par chance, le livret numérique est disponible. Je clique. En petits caractères, en dernière page, je trouve le nom du photographe. Il s’appelle Juan Hitters. Je poursuis mes recherches. Le monsieur est argentin. Son site web n’est pas des plus pratiques — il faut impérativement installer Flash Player sinon rien ne marche. Les photos sont remarquables. Sous la rubrique Music, quelques-unes de ses images pour les maisons de disques, ECM bien sûr mais aussi des pochettes d’albums de musique classique, et des témoignages élogieux de musiciens avec qui il a travaillé. Un commentaire précise que les images de Juan Hutters sont design-friendly. Comprendre qu’elles supportent sans problème l’ajout de texte.

Tout en admirant les images de Juan Hitters, je savoure le piano de Jarrett. Le moment est fort car c’est la première fois que mes passions pour le jazz et la photographie se rejoignent avec autant d’intensité. L’association de la musique et de l’image fixe n’est pas nouvelle pour moi mais elle s’est jusqu’alors cantonnée à des photographies de musiciens : un livre notamment, Blue Note de Michael Cuscuna, et, accroché au mur du salon, un tirage de YellowKorner montrant le saxophoniste Joe Henderson dans une rue de New York (photo de Francis Wolff). Cette volonté d’agrégation est tenace. En 2019, je me ferai offrir Mes sessions avec Miles Davis de Jean-Pierre Leloir. Mais l’émotion ressentie en ce jour de 2018 demeure inégalée, un apogée, quelque chose comme l’alignement des planètes dans 2001, Odyssée de l’espace.

Avant de vous en dire plus, je vous propose d’avancer un peu dans le temps. Nous sommes à la fin du mois d’avril 2019. J’échange avec une amie photographe sur son blog et, au fil de la discussion, nous en venons à parler de nos styles de photographie respectifs. À mon sujet, ma collègue blogueuse écrit ceci :
« Je connais ton style de prédilection en photographie, tu es plutôt porté sur la photo minimaliste voire abstraite… ». Elle oublie juste une précision importante : mon attirance presque maladive pour le format carré.

À ce point près nous sommes d’accord. Si je devais résumer mon style de prédilection par une formule, ce serait : format carré + minimalisme + abstraction. « C’est un peu court, jeune homme » dirait Cyrano de Bergerac. J’en suis bien conscient. Mais si je fais précéder chacun des termes de la formule par un pourquoi : pourquoi le format carré ? pourquoi le minimalisme ? pourquoi l’abstraction ? et si je puis apporter une réponse à chacune des questions ainsi créées, vous admettrez que la formule devient intéressante.

Les réponses ? C’est l’alignement des planètes de 2018 qui me les as apportées. Pourquoi le format carré ? Parce que les pochettes de disques sont carrées. Pourquoi le minimalisme ? Parce que les pochettes ECM sont minimalistes — à l’exception de quelques disques montrant les artistes en couverture. Köln Concert en fait partie. Amusant, non ? Pourquoi l’abstraction ? Dois-je vous le dire ? Parce que les pochettes ECM sont souvent abstraites.

Octobre-novembre 2018. Je passe en revue mes photos en me demandant lesquelles s’apparentent à des pochettes de disques, lesquelles sont design-friendly. Il y en a pas mal. Les plus abstraites, souvent en noir et blanc, me semblent être dans l’esprit d’ECM. D’autres me font penser aux pochettes d’Hypgnosis, un studio anglais qui a notamment travaillé pour Pink Floyd. Ceci n’est pas une cigarette en est un bon exemple.

Février 2019. J’ai une longue discussion sur ALJPHOTO à propos d’une publication montrant un disque vinyle. J’en viens à photographier quelques pochettes avec mon smartphone, d’autres membres font de même. Chacun y va de sa petite recherche. Je découvre alors l’existence du groupe flickr ECM Records Photographs. Je ne suis donc pas le seul au monde à aimer les photos des pochettes ECM. Je soumets mes meilleures images. Le groupe est du type moderated ; c’est l’admin qui décide si une photo peut faire partie du groupe, ou pas, sans justification. Cinq de mes images seront retenues. Pour illustrer cette chronique, j’en ai sélectionné quatre.



Cette histoire est véridique. Elle illustre ce que les psychologues appellent l’insight, l’instant où la solution d’un problème vous apparaît, d’un coup, sans l’habituelle progression par essais-erreurs. En psychanalyse, la recherche de l’insight consiste à rendre conscient l’inconscient. Dans mon cas personnel, cette histoire n’a rien d’angoissant mais croyez-en mon expérience, c’est très troublant.


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FORMAT CARRÉ

Laurent Kobi — Blog de Nicéphore
Les vertus magiques du format carré
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Astuces photo —
Osez le format carré
SquareMag — Magazine en ligne bilingue anglais-français
Les PDF sont téléchargeables gratuitement
SquareMag

ECM

Article très complet de Wikipedia —
Edition of Contemporary Music

KÖLN CONCERT

Article de Wikipedia —
The Köln Concert

INSIGHT

Article de Wikipedia —
Insight (psychologie)

PHOTOGRAPHIES

Juan Hitters
juanhitters.com
flickr — groupe ecm covers
ECM Records Photographs
flickr — mon album ecm
ecm covers

Niveaux de lecture

La photo que vous voyez fait partie d’une mini-série que je viens de publier sur ALJPHOTO. Trois images plutôt sombres, en low key, photographiées en pose longue (1/4 s). À chaque fois, deux sujets ; l’un fixe et net, l’autre mobile, flou et de couleur vive. Ces caractéristiques donnent à l’ensemble sa cohérence. Si vous désirez en savoir plus, vous pouvez cliquer le lien au début de ce paragraphe ou vous rendre sur ma galerie flickr (zone PHOTOS DE FLICKR). Mais là n’est pas mon propos.

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JaamZIN

Dans une de mes premières photochroniques, je vous ai conté l’histoire de ma photo intitulée Do Androids Dream of Electric Sheep? Je vous ai expliqué qu’elle avait été très bien reçue sur flickr, que grâce au groupe explore elle avait obtenu beaucoup de favoris mais je ne vous ai pas tout dit. L’heure est venue de vous parler de JaamZIN.

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12 mars 2019 — Outils de mon quotidien

Après une séquence de cinq photographies en noir et blanc pour le défi Le plus de profondeur de champ possible du site ALJPHOTO, je me suis dit que je devais me remettre à la couleur.

J’ai une attirance pour le noir et blanc et photographier en couleur — comprendre l’ensemble du processus allant de la prise de vues jusqu’à la publication finale — ne m’est pas facile. Les règles sont différentes, la grammaire de la couleur m’est en grande partie étrangère. Comme j’aime beaucoup le minimalisme, j’arrive à produire des images à la palette de couleurs réduite, dans lesquelles le peu de couleur ressort bien sur un ensemble peu saturé — sans désaturation partielle, je tiens à le préciser. Mais une image très colorée reste pour moi problématique.

Cet après-midi, en voyant mon pot à crayons et mon BuJo (Bullet Journal) posés sur la table de la véranda, je me suis dit que j’avais l’occasion de sortir de ma zone de confort et peut-être même de réussir une image créative.

La prise de vues n’a pas été compliquée. Les motifs de la nappe étant disgracieux, les couleurs des objets photographiés étant vives, du genre candy colours comme disent les Anglais, un fond blanc m’a paru judicieux. Une simple feuille de papier raisin m’a suffi. Pour être honnête, l’idée de poser mon journal à l’arrière-plan pour créer un fond flou m’est venue en cours de séance. Le problème avec un fond flou est que c’est votre objectif qui décide de ce à quoi ça ressemble. L’ouverture était au maximum (f/2 .8) et je ne souhaitais pas en changer. Heureusement, malgré le flou poussé, la forme générale d’un carnet de notes reste identifiable.

Lors du post-traitement, c’est la balance des blancs qui a été la plus délicate à régler. Avec Color Efex de la Nik Collection, j’ai pu trouver les effets créatifs qui me convenaient. Ils restent légers ; l’image finale n’est pas très éloignée de l’image brute, cette notion étant pour moi sans grande importance vu qu’un fichier raw sera rendu avec pas mal d’écarts selon l’outil de développement utilisé et les réglages par défaut correspondants.

Demain, je poste mon image sur ALJPHOTO. Pour une fois, la primeur de la publication revient à mon blog. Une dernière remarque : le point est fait sur les capuchons des feutres. Ils sont noirs, l’encre contenue est noire, le diamètre de la pointe est couleur argent. Quand je vous dis que je préfère le noir et blanc !

11 mars 2019 — Ceci n’est pas un selfie

Hier, j’ai pris plaisir à faire une séance d’autoportraits pour le défi ALJPHOTO Le plus de profondeur de champ possible. Il en ressort la photo que vous voyez.

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4 mars 2019 — Freya

“ Moi je t’offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas. ”

La photo du jour

Je publie sur facebook, sur flickr et sur instagram. Pourtant, il me manquait quelque chose. Est-ce la liberté de présenter mes photographies comme bon me semble ? Peut-être ? Ce matin, en traitant cette image pour le défi Cadrage en coin du site ALJPHOTO, je me suis dit que cela vaudrait la peine de la publier dans mon blog, inaugurant ainsi un genre d’article que j’appelle la photo du jour.

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