La lumière, toujours la lumière

Dans une chronique du mois d’avril dernier, j’ai traité de la nécessité de multiplier les regards. Pour illustrer mon propos, j’avais alors fait appel à deux photos de la Passerelle de l’Axe majeur de Cergy ainsi qu’à deux photos de mes velux. Aujourd’hui, je vous soumets deux nouvelles images de ces puits de lumière.

Jeudi 10 octobre. Le défi ALPHOTO de la semaine s’intitule Compositions abstraites. Le thème est difficile à cerner ; il ne s’agit pas de réaliser des photos abstraites à proprement parler mais, en gardant un cadre large, d’accorder une place prédominante à l’abstraction. Le soin accordé à la composition est primordial ; les images peuvent être dans le meilleur des cas abstraites mais, si je me réfère aux exemples fournis par Anne-Laure Jacquart dans sa présentation, les photographies semi-abstraites sont admises.

J’aime l’abstraction. J’aime concevoir des images abstraites, il semblerait même — aux dires de certain•es — que c’est un domaine dans lequel j’excelle. Une fois de plus, je pense à mes puits de lumière. Une fois de plus, je vais tenter de faire une bonne photo de ces ouvertures lumineuses, en sachant que ce sera probablement pas aussi bien que je voudrais.

Je commence à chercher un angle avec mon plein format équipé d’un téléobjectif. C’est l’après-midi, le soleil brille et marque le mur à l’arrière de l’écran de télévision d’une tache lumineuse bien visible. Pour ma composition, je veux trois choses : l’écran noir de la télé ; très grand, il sera certainement coupé ; le puits de lumière au-dessus de la télévision ; la tache lumineuse. On est en intérieur, pas trop de recul, le téléobjectif n’est pas un bon choix. Je suis pressé, la tache lumineuse peut disparaître d’un moment à l’autre, la météo n’est pas au beau fixe. Je saisis mon téléphone. Je sais que techniquement parlant j’aurai une meilleure image avec un reflex mais en plus d’être immédiatement disponible, le smartphone offre un écran de grande dimension qui facilite le cadrage. Et la visée est celle d’un grand angulaire. Ensuite tout va très vite. Je pense aux peintures constructivistes du début du XXe. Dans mon image, seulement des rectangles, déformés par la perspective. Pour l’équilibre de la composition, je m’avance, je m’éloigne, je tourne l’écran. Après tout, ce n’est pas une image d’architecture ; c’est une composition abstraite. Abandonner la verticale est une manière de perdre ses repères, une façon d’aller vers l’abstraction.

Je ne prends qu’une seule image. Je sais que le cadrage est bon. D’ailleurs c’est à la prise de vue que l’on décide du cadre. CRD : cadrer, régler, déclencher. Dans cet ordre. Dixit Anne-Laure Jacquart.

Je corrige à peine le cadrage en post-traitement. Avec les murs blancs et l’écran noir, le monochrome semble tout indiqué. J’ai en mémoire Comfortably Numb, le high key de teinte bleue de ma chronique d’avril. Je tente une composition en trois teintes, noir, blanc et bleu. Le résultat me convient. Pour le titre, je pense d’abord à Composition en noir, blanc et bleu, à la manière des peintres du début de l’abstrait mais c’est un peu prétentieux. J’enlève Composition ; ce sera En noir, blanc et bleu.

En noir, blanc et bleu

Chercherais-je par ce bleu à retrouver le ciel que l’on ne voit pas ? Peut-être. Je n’en sais rien.


Mercredi 16 octobre. Durant les jours précédents, j’ai produit des images abstraites, dans différents genres. Je suis assez content de moi car j’ai réussi à varier les styles, à éviter la facilité qui consiste à tourner autour d’un même sujet. Mes photos ont été bien reçues ; des likes plus nombreux que d’habitude, d’excellents commentaires. À la veille d’un nouveau défi, mon activité photographique consistera à aller voir ailleurs, sur le net en particulier, à me ressourcer en voyant ce que proposent les professionnels.

Vous savez comme j’aime le format carré alors une petite visite chez SquareMag me semble indispensable. Bonne idée ! Le numéro d’octobre est paru. Un projet me séduit tout particulièrement, celui de David Mondedeu. Sa technique est particulière ; il prend ses photos avec un vieil Hasselblad sur film argentique. Il imprime sous forme de photogravures, sur du lin principalement. Ses images sont des variations sur le thème de la lumière et des ombres. La similitude avec mes velux est frappante, avec une différence notable, lui c’est la classe. Dans tous les compartiments, le minimalisme, l’équilibre des compositions, la matière des supports, c’est brillant.

Me voilà reparti pour une ultime publication dans ALJPHOTO. Une composition plus simple cette fois. D’abord le soleil ne brille pas, il faudra me contenter de la tache lumineuse du puits de lumière qui s’oppose au noir de l’écran de télé. C’est parfait pour faire un peu de Mondedeu. Un peu, juste un peu parce que la disposition des lieux ne se prête pas au format carré. Et puis, les jeux d’ombres des plafonds sont incontournables même si au post-traitement je dois pouvoir les relativiser. Et surtout, je le sais bien, je n’imprime pas sur du lin.

Première étape du post-traitement, je recadre pour avoir un écran aux bords rigoureusement verticaux et horizontaux. Noir et blanc simplissime, une zone parfaitement blanche, une autre noire, et des nuances de gris plutôt claires entre les deux. Trop simple ? Depuis Lightroom j’envoie ma photo dans Photoshop, sans trop savoir où je vais, pour explorer. Il y a ce réglage Transfert de dégradés qui me dit vaguement quelque chose. C’est comme un virage partiel, en plus radical. Comme je choisis de me contraindre à deux couleurs, on peut aussi parler de bichromie. Il est recommandé de choisir des couleurs qui contrastent. Je choisis deux teintes complémentaires, le jaune et le violet. J’aime bien le résultat mais je suis un peu perdu. Que dois-je publier maintenant ? Un à la manière de Mondedeu en noir et blanc ou une bichromie plus agressive, c’est le moins que l’on puisse dire ?

N’arrivant pas à me décider, je publie un diptyque pour n’avantager aucune des deux versions. L’idée est de laisser les membres du groupe ALJPHOTO s’exprimer et me dire quelle image ils•elles préfèrent. Erreur ! Ce que les gens voient, ce n’est pas une photo suivie d’une autre ; ils voient un diptyque. Qui serait bien mieux si les photos étaient symétriques !

Je corrige le tir. C’est un franc succès et, fait plutôt rare, le commentaire contenant le diptyque modifié obtient plus de likes que la publication originale.

Diptyque 2

« L’artisan sait toujours où il va, il sait comment il va produire son objet. À l’inverse, l’artiste ne sait pas forcément ce qui va se passer lors de son travail, il peut changer chemin faisant. »

Pierre Soulages

Encore deux images de velux, me direz-vous. La lumière, toujours la lumière, vous répondrai-je. Quand je vois le travail de Mondedeu, j’ai encore beaucoup à apprendre sur la lumière.

Deux approches différentes, dirai-je également. La première, plutôt à la manière d’un artisan, avec sur la fin ce choix du bleu qui n’était pas prévu. La seconde, plus hasardeuse. Une envie d’imitation, forcément très en-dessous de la référence, la volonté d’essayer, et puis ce virage à 180°, le passage brutal du noir et blanc à la bichromie. La découverte d’une autre manière de voir, de présenter mes travaux également. De nouvelles pistes à explorer. Un possible affranchissement du groupe ALJPHOTO, auquel je continuerai à participer, tout en travaillant à des projets personnels.

À suivre…


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DAVID MONDEDEU

Auteur : bernardbouthors

Photographe amateur

3 réflexions sur « La lumière, toujours la lumière »

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