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Une ville à découvrir

Depuis peu j’habite Rouen. Je parcours la ville, après une période compliquée.

Cela fait un peu plus d’un an que je n’ai rien publié sur mon blog. Quelles raisons sont à la source de cette traversée du désert ? Personnellement j’en vois deux. La première est la pandémie. Les déplacements d’abord interdits, ensuite autorisés, jamais sans risques, m’ont amené à renoncer à mes escapades parisiennes. Passés à la trappe mes projets photographiques dans la capitale ! La seconde, aussi personnelle que la première est universelle, est la maladie de mon épouse, plus exactement l’évolution de sa maladie. Sylvie souffre de la SEP (sclérose en plaques). Elle perd petit à petit sa mobilité. Pour elle, 2020 a été l’année de la pandémie, et du fauteuil roulant. Cet engin est fort utile, j’en suis bien conscient ; je ne vois pas le verre complètement vide. Mais s’il a par certains aspects facilité notre vie à tous les deux : les déplacements sont devenus plus faciles, le fauteuil et son semblable le déambulateur ont aussi été la cause de difficultés.

Notre maison, acquise il y a presque 40 ans, est truffée de marches, les portes sont de largeur standard, inadaptées pour une personne à mobilité réduite. Je préfère cette expression à celle d’handicapée. Le mot ne me fait pas peur, c’est juste que personne à mobilité est plus précis et correspond mieux à l’état de mon épouse. Vous l’aurez compris, la vie devenait compliquée dans notre demeure et il a fallu nous résoudre à la quitter pour un logement adapté. Vendre notre bien a été très facile ; le marché est porteur, à cause de la pandémie, du télétravail en particulier. Trouver un lieu de résidence adapté aux PMR a en revanche été plus compliqué. Le neuf mis à part, rien n’est adapté. C’est assez logique mais je ne me plains pas. Les choses bougent, dans le bon sens en ce qui nous concerne. Je m’en réjouis, même s’il reste beaucoup à faire pour les personnes handicapées.

Nous avons jeté notre dévolu sur un appartement neuf, à Rouen, dans un quartier en rénovation, le quartier Luciline. Finis les marches et les changements de niveau, y compris pour la douche et le balcon. Circulation facile. Vue superbe sur la Seine et la ville historique ainsi que sur le pont Flaubert. Exposition sud-est. Isolation à la norme RT2012. Que demander de plus ? Le déménagement a été difficile. Les cartons n’étaient pas terminés quand il a fallu partir : une part de moi-même refusait de quitter la maison. C’était pénible. Alors qu’une nouvelle page se tournait, un changement de vie intéressant, je me refusais à partir de Cergy. J’étais démotivé, je ne prenais plus de photos. Un gros coup de mou en quelque sorte.

Mois de décembre, à deux semaines de Noël. L’installation de l’appartement n’est pas terminée. De nombreux cartons restent à déballer. Très bientôt la cuisine intégrée sera posée et nous serons en mesure de recevoir nos enfants et petits-enfants pour les fêtes. J’ai repris mes activités photographiques, enfin. Le redémarrage fut laborieux. Le PC avait été arrêté 70 jours. Quand il a été remis en service, je n’ai pas pu l’utiliser efficacement durant une journée : chaque appli que je lançais devait être mise à jour. LOL. Progressivement, j’ai repris une activité normale. Pour commencer, la fréquentation des groupes d’Anne-Laure Jacquart. Des groupes car il y en a deux désormais : ALJPHOTO, celui des 52 défis, en noir et blanc et en couleurs, surtout en couleurs ; ALJNB, consacré au noir et blanc exclusivement, des défis issus de son récent livre Le Regard en noir et blanc. J’étais très enthousiaste quand le bouquin est paru en octobre 2020 ; je trouvais la part des 52 défis consacrée au noir et blanc très mince ; le livre venait combler un manque. J’ai participé activement dans le groupe au début et puis, comme je me démotivais petit à petit, j’ai fini par laisser tomber. Je dirai pour ma défense que le Regard en noir et blanc et les défis qui en découlent sont plus difficiles à comprendre/réaliser que pour les 52 défis. Et puis, un beau matin d’octobre, un vraiment beau matin, la vue de mon salon est magnifique. Le soleil qui vient se lever forme un superbe disque orange, le ciel est en feu et la cathédrale, celle que Monet a tant de fois peinte, apparaît en contre-jour. Ça urge : quand le soleil se lève la lumière change très vite. Je me précipite dans la pièce où se trouvent mes sacs photo. Au milieu des cartons je mets rapidement la main sur mon reflex, celui équipé d’un téléobjectif. Je prends quelques clichés, à main levée, pas le temps pour monter le trépied. D’ailleurs, où il est ce foutu tripode ? Étonnamment, je viens de prendre des photos juste parce que c’est beau, sans réfléchir plus avant, oubliant les défis en cours mais en gardant à l’esprit que, avant toute chose, il faut cadrer soigneusement. De l’image que je garderai de ce moment magique, je ferai deux versions : la version couleur est celle que vous avez vue en tête de cet article ; la version noir et blanc, la voici :

La cathédrale de Rouen, le 12 octobre 2021 au matin

Je l’ai publiée sur ALJNB. Le défi de la semaine était le nombre impair. Mouais. La conformité au défi est, disons, capillotractée mais l’image remporte un petit succès. Surtout, d’un coup, je me sens requinqué, capable de faire de bonnes photos. Je vais mieux. Je prends alors une décision toute simple, lourde de conséquences : Toujours avoir mon petit hybride avec moi quand je sors.

Le lendemain matin, je viens de quitter mon appartement. Posté devant la porte de l’ascenseur, je peux voir l’immeuble d’en face. Une, deux, trois fenêtres. Nombre impair ! Simplissime. Idéal pour un format carré noir et blanc. Clic ! La photo me vaudra un like d’ALJ.

La magie du nombre impair

Pour le nombre impair, c’est sûr mais aussi, je pense, pour la lumière, la composition et le minimalisme du cliché. Je l’ai lu dans plusieurs livres de photographes : Pas besoin d’aller au bout du monde pour réussir de bonnes photos. J’enfonce une porte ouverte en disant cela. Cette image en est l’illustration. Encore faut-il saisir les opportunités, voir dans un immeuble ou dans une scène en général la partie qui, du fait que tout ce qui l’entoure a été éliminé, devient intéressante. Concrètement, avoir mon petit hybride dans la poche, réglé pour afficher un format carré en noir et blanc. Dit comme cela c’est très simple. Pourtant il m’a fallu des années pour en arriver là, en laissant à mon reflex, monté sur tripode ou pas, l’opportunité de photos plus techniques très difficiles à réaliser avec un compact.

L’air de rien, la machine est relancée pour de bon. J’ai fait plein de photos depuis ces deux-là ; elles sont dans la lignée. Images prises depuis mon balcon, architecture du quartier Luciline, minimalistes, format carré, très majoritairement en noir et blanc. Souvent opportunistes. La lumière, encore et toujours, capricieuse parfois, déterminante à chaque occurrence. Comme sur cette photo du carrelage de l’entrée de mon immeuble. Vous avez bien lu : le carrelage, au pied du panneau des boîtes aux lettres. Ce jour-là, il pleut. Le ciel est lumineux mais voilé. Pas formidable pour le paysage, même urbain, mais pour le sol de mon entrée, c’est top.

Le carrelage de l’entrée de mon immeuble

Cette dernière image — de mon article, j’en ai d’autres que je réserve pour mes prochaines publications — m’a valu un explore sur flickr. Que demande le peuple ?


Vous aurez remarqué que pour cette publication j’écris beaucoup et montre peu de photographies. C’est mon choix. Il est propre à cet article de reprise si particulier. Prochainement, je partagerai mes premières images du quartier Luciline, de ses bâtiments iconiques ou très ordinaires, des ouvrages d’art voisins, des signes de l’automne en milieu urbain…

Certain•es d’entre vous me suivent sur instagram, flickr ou facebook. Bien évidemment, les meilleures photos publiées sur ces réseaux sociaux se retrouveront sur le blog mais je vais faire en sorte de les présenter autrement. En m’accordant un peu de temps, pour la réflexion, pour une sélection rigoureuse, pour créer des associations et en tentant d’expliquer les circonstances de la prise de vue, ce que je ne fais pas ou peu sur les réseaux.

La période des fêtes approche. Je vous souhaite un joyeux mois de décembre, en attendant les réjouissances de la fin de l’année 🎄

Par bernardbouthors

Photographe amateur

4 réponses sur « Une ville à découvrir »

Merci Évelyne. Si un jour tu es de passage à Rouen, fais-moi signe. J’aurai grand plaisir à te voir « en présentiel » comme on dit aujourd’hui 😊
Pour répondre à ta remarque initiale, j’ai fait une erreur et publié mon article avant qu’il soit terminé. C’est ce qui arrive quand on n’a pas pratiqué pendant un an.

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