Assemblages

À l’origine, les mini-séries

À l’origine, il y a les mini-séries : trois à cinq photographies, liées par une intention photographique, et aussi par le sujet mais c’est moins important. A priori rien n’oblige à présenter une mini-série sous la forme d’un triptyque ou d’un quadriptyque. C’est sympathique mais cela peut être perçu comme une faiblesse ; l’intention photographique doit suffire à établir le lien entre les différentes images. Toutefois si l’on publie une série sur facebook, qui n’est pas un outil conçu pour la photographie, il est judicieux de mettre le montage résumant la série en image principale et d’ajouter ensuite les images isolées en commentaire.


La série qui suit — Ménage à trois — est classique. Chaque image existe indépendamment des autres ; la série ne raconte pas une histoire ; l’ordre des photographies n’a aucune importance ; surtout, l’intention photographique est claire, que ce soit la composition, trois éléments coupés sur un fond uni, ou le traitement noir et blanc.

Mini-série Ménage à trois

Les assemblages

Dans le monde de l’art, les assemblages consistent à associer des supports de nature différente, par exemple une peinture sur toile et des objets divers, le tout n’étant ni une peinture ni une sculpture. Kurt Schwitters a commis des assemblages remarquables. En ce qui concerne ma petite personne, je me cantonne au domaine de la photographie et me contente d’assembler des images en les positionnant précisément les unes par rapport aux autres. Le concept est que ce positionnement apporte des éléments nouveaux, essentiellement graphiques, qui n’existeraient pas autrement. Notre cerveau cherchant constamment à établir des liens, des continuités, nous imaginons que des lignes se prolongent d’une image à l’autre, que des surfaces se complètent, alors qu’il n’y a là rien de réel.


Assemblage Esprit de pub

Si vous avez lu ma chronique La force d’un titre, vous connaissez la première image de cet Esprit de pub. Il est facile de comprendre pourquoi le positionnement rigoureux des images de ce triptyque est indispensable. Je tiens à préciser qu’il s’agit d’images isolées et pas de trois découpages de la même photographie quoique cela ne constitue en rien un handicap. J’ai respecté la règle des mini-séries ; la composition est la même pour les trois vues — une ligne et un sujet ponctuel, sur fond uni blanc, avec la présence systématique d’un texte identifiant une marque ou un modèle.


Je terminerai mon prêche par mon assemblage préféré à ce jour : Éclairages* en demi-tons. Unité de lieu, tout se trouve au rez-de-chaussée de ma maison. Unité de tons avec les plafonds blancs, fraîchement repeints. Minimalisme de rigueur, chez moi c’est une obsession, j’ai failli omettre d’en parler. Les connexions sont assurément plus subtiles que dans l’assemblage précédent mais j’aime bien cette ligne qui parcourt l’ensemble des trois images. J’oubliais : un point commun à toutes les réalisations présentées dans cette chronique, le désir de montrer autrement des objets du quotidien, de mettre au jour leur beauté cachée.

Assemblage Éclairages en demi-tons

* L’image centrale du triptyque montre les trois fils d’acier ainsi que le câble d’alimentation d’une suspension dont l’élément lumineux est identique au plafonnier de la photographie de gauche. L’image de droite montre des puits de lumière, une autre forme d’éclairage.

En espérant ne pas vous avoir soûlé avec mes propos, je vous souhaite un bon week-end, le plus créatif possible.

Mon style de prédilection

Cergy, mois de septembre 2018. Assis à mon bureau, j’écoute l’album PARIS / LONDON Testament de Keith Jarrett en streaming sur qobuz (un spotify haute résolution à la française). J’adore Keith Jarrett. Tous les albums du pianiste, en solo, en trio piano-basse-batterie, en collaboration avec d’autres pointures, me touchent. Je l’ai entendu pour la première fois dans les années 70 ; un disque, le cultissime Köln Concert. J’étais étudiant, mes ressources financières étaient limitées. Quelques années plus tard, je travaille. Je peux m’acheter une chaîne hifi et des vinyles en quantité. Surtout des disques de jazz, en particulier du jazz européen dont le label de référence était, et reste encore, ECM. J’adore ECM, pour ses musiques — il n’y a pas que le jazz —, pour ses musiciens, pour ses prises de son et pour ses pochettes de disques. Je n’achète plus de vinyles depuis des années mais je dois bien avoir une centaine de disques du label allemand qui dorment au fond des mes armoires.

Sur l’écran de mon ordinateur s’affiche la couverture de PARIS / LONDON, minimaliste, bien dans le style de la firme de Manfred Eicher. Un mur de briques jaune orange sur lequel se projettent des ombres imprécises. Je suis troublé. La photo ressemble tellement à ce que j’aime faire — en mieux parce qu’elle est parfaite — que j’ai l’impression qu’elle est de moi. Je ressens une sorte de communion par la pensée. Il me faut en savoir plus. Qui est l’auteur de cette image ? Par chance, le livret numérique est disponible. Je clique. En petits caractères, en dernière page, je trouve le nom du photographe. Il s’appelle Juan Hitters. Je poursuis mes recherches. Le monsieur est argentin. Son site web n’est pas des plus pratiques — il faut impérativement installer Flash Player sinon rien ne marche. Les photos sont remarquables. Sous la rubrique Music, quelques-unes de ses images pour les maisons de disques, ECM bien sûr mais aussi des pochettes d’albums de musique classique, et des témoignages élogieux de musiciens avec qui il a travaillé. Un commentaire précise que les images de Juan Hutters sont design-friendly. Comprendre qu’elles supportent sans problème l’ajout de texte.

Tout en admirant les images de Juan Hitters, je savoure le piano de Jarrett. Le moment est fort car c’est la première fois que mes passions pour le jazz et la photographie se rejoignent avec autant d’intensité. L’association de la musique et de l’image fixe n’est pas nouvelle pour moi mais elle s’est jusqu’alors cantonnée à des photographies de musiciens : un livre notamment, Blue Note de Michael Cuscuna, et, accroché au mur du salon, un tirage de YellowKorner montrant le saxophoniste Joe Henderson dans une rue de New York (photo de Francis Wolff). Cette volonté d’agrégation est tenace. En 2019, je me ferai offrir Mes sessions avec Miles Davis de Jean-Pierre Leloir. Mais l’émotion ressentie en ce jour de 2018 demeure inégalée, un apogée, quelque chose comme l’alignement des planètes dans 2001, Odyssée de l’espace.

Avant de vous en dire plus, je vous propose d’avancer un peu dans le temps. Nous sommes à la fin du mois d’avril 2019. J’échange avec une amie photographe sur son blog et, au fil de la discussion, nous en venons à parler de nos styles de photographie respectifs. À mon sujet, ma collègue blogueuse écrit ceci :
« Je connais ton style de prédilection en photographie, tu es plutôt porté sur la photo minimaliste voire abstraite… ». Elle oublie juste une précision importante : mon attirance presque maladive pour le format carré.

À ce point près nous sommes d’accord. Si je devais résumer mon style de prédilection par une formule, ce serait : format carré + minimalisme + abstraction. « C’est un peu court, jeune homme » dirait Cyrano de Bergerac. J’en suis bien conscient. Mais si je fais précéder chacun des termes de la formule par un pourquoi : pourquoi le format carré ? pourquoi le minimalisme ? pourquoi l’abstraction ? et si je puis apporter une réponse à chacune des questions ainsi créées, vous admettrez que la formule devient intéressante.

Les réponses ? C’est l’alignement des planètes de 2018 qui me les as apportées. Pourquoi le format carré ? Parce que les pochettes de disques sont carrées. Pourquoi le minimalisme ? Parce que les pochettes ECM sont minimalistes — à l’exception de quelques disques montrant les artistes en couverture. Köln Concert en fait partie. Amusant, non ? Pourquoi l’abstraction ? Dois-je vous le dire ? Parce que les pochettes ECM sont souvent abstraites.

Octobre-novembre 2018. Je passe en revue mes photos en me demandant lesquelles s’apparentent à des pochettes de disques, lesquelles sont design-friendly. Il y en a pas mal. Les plus abstraites, souvent en noir et blanc, me semblent être dans l’esprit d’ECM. D’autres me font penser aux pochettes d’Hypgnosis, un studio anglais qui a notamment travaillé pour Pink Floyd. Ceci n’est pas une cigarette en est un bon exemple.

Février 2019. J’ai une longue discussion sur ALJPHOTO à propos d’une publication montrant un disque vinyle. J’en viens à photographier quelques pochettes avec mon smartphone, d’autres membres font de même. Chacun y va de sa petite recherche. Je découvre alors l’existence du groupe flickr ECM Records Photographs. Je ne suis donc pas le seul au monde à aimer les photos des pochettes ECM. Je soumets mes meilleures images. Le groupe est du type moderated ; c’est l’admin qui décide si une photo peut faire partie du groupe, ou pas, sans justification. Cinq de mes images seront retenues. Pour illustrer cette chronique, j’en ai sélectionné quatre.



Cette histoire est véridique. Elle illustre ce que les psychologues appellent l’insight, l’instant où la solution d’un problème vous apparaît, d’un coup, sans l’habituelle progression par essais-erreurs. En psychanalyse, la recherche de l’insight consiste à rendre conscient l’inconscient. Dans mon cas personnel, cette histoire n’a rien d’angoissant mais croyez-en mon expérience, c’est très troublant.


LIRE AUSSI

FORMAT CARRÉ

Laurent Kobi — Blog de Nicéphore
Les vertus magiques du format carré
Anne-Laure Jacquart — Sur son site web
Le format carré, une mine d’or géométrique et photographique ! 
Astuces photo —
Osez le format carré
SquareMag — Magazine en ligne bilingue anglais-français
Les PDF sont téléchargeables gratuitement
SquareMag

ECM

Article très complet de Wikipedia —
Edition of Contemporary Music

KÖLN CONCERT

Article de Wikipedia —
The Köln Concert

INSIGHT

Article de Wikipedia —
Insight (psychologie)

PHOTOGRAPHIES

Juan Hitters
juanhitters.com
flickr — groupe ecm covers
ECM Records Photographs
flickr — mon album ecm
ecm covers

L’Œil de celui qui regarde — The Eye of the Beholder

Bonjour, nous sommes lundi et je viens juste de publier ma petite macro sur le site Macro Mondays. A priori pas là de quoi faire une chronique mais le défi proposé pour ce lundi 29 avril 2019 m’a bien plu et j’ai envie d’en parler avec vous. Le thème s’intitule : Eye of the Beholder, en français L’Œil de celui qui regarde. L’idée est que la beauté — d’une création quelle qu’elle soit, peinture, photographie, sculpture… — est avant tout dans le regard du spectateur. L’animateur du défi souhaite donc voir des choses qui ne sont pas habituellement considérées comme belles ou artistiques mais qui le sont pour nous.

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Multiplier les regards

Bonjour !

Dans ma précédente photochronique, je vous ai décrit en détail les circonstances de la prise de vues et du post-traitement d’une image particulière, unique illustration de mon article. Aujourd’hui, mon approche est inverse ; plusieurs images, prises sous des angles différents, à des moments différents, avec des post-traitements différents voire opposés, accompagnent le texte. J’essaierai de répondre à cette question : « Comment traiter un même sujet sous différents angles ? Comment multiplier les regards ? »

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Alien or not Alien?

Dimanche dernier, je reçois un mail de la part de l’admin du groupe flickr Smile on Saturday. En résumé, juste ceci — c’est une traduction car le texte original est en anglais — :

« Samedi prochain, nous aurons un thème que vous avez proposé.
J’espère que vous publierez une image!? »

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11 mars 2019 — Ceci n’est pas un selfie

Hier, j’ai pris plaisir à faire une séance d’autoportraits pour le défi ALJPHOTO Le plus de profondeur de champ possible. Il en ressort la photo que vous voyez.

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